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Si j’avais à faire une histoire que m’a inspirée ma rencontre avec Michel Delage, fondateur de l’organisme Faire Image en octobre dernier, elle se lirait comme suit.

Je vois un homme qui traverse un parc la tête lourde. En son for intérieur, le ciel est voilé et sombre. Divers facteurs contribuent à cette grisaille : lourdeur de ses responsabilités familiales et professionnelles, transformation rapide et incessante de son environnement sociale, sollicitation constante des nouvelles technologies par le biais des médias sociaux, pour n’en nommer que quelques-uns. Bref, une réalité qui génère un stress continuel.
Il relève la tête un moment et voit un kiosque assez coloré. Il s’en approche et le gars au kiosque l’invite :

1
« Bonjour, ça vous tente de jouer à un jeu? »
L’homme accepte, qu’a-t-il à perdre.

« Je vous donne une carte. Vous me dites ce que vous voyez et vous avez une minute pour me raconter une histoire. »

 

 

2
L’homme réfléchit un moment et il dit:
«Je vois une immense prairie. Dans la prairie, je vois un cheval tout blanc en train de manger de l’herbe. Le cheval relève la tête et se met à courir. Il court et court totalement libre. Il s’arrête au bord d’un ruisseau. Il penche la tête et boit de l’eau. Il relève la tête et la secoue dans tous les sens avec satisfaction

«Ce cheval a un nom

L’homme sourit et regarde le gars du kiosque :« Mais c’est moi

C’est alors qu’une brèche s’ouvre dans le ciel ennuagé et laisse passer une colonne de lumière, comme on en voit parfois à la fin d’un gros orage ou dans les films qui ont une fin heureuse.

Si j’avais à raconter une histoire…mais je ne le ferai pas. Elle serait probablement trop naïve.

Animateur de l’imaginaire

Faire raconter des histoires, c’est bien le modus operandi de Michel qui se qualifie avec justesse d’animateur de l’imaginaire. Il tenait kiosque au Parc Lafontaine cet été en face du bistrot Espace La Fontaine. Il abordait les gens. Auprès de ceux qui se prêtaient au jeu, il choisissait une carte parmi son jeu de 55 icônes. Chaque carte représente un ou plusieurs archétypes (symbole primitif universel). Il a conçu ce jeu de carte après des années de recherche avec ces questions:

«C‘est quoi le dénominateur commun aux êtres humains, l’alphabet numéro un de l’imaginaire.
Comment on fait pour entrer dans l’imaginaire de n’importe qui (toute culture confondue).»

Quel est le but recherché dans cette activité. Bien simplement, Michel propose une expérience qui débouchera sur le plaisir.

Dans un premier temps, sur son plaisir à lui. Il affirme qu’avec ses 55 icônes, il s’est fait raconté plus de 10 000 histoires (il exagère un peu. Je crois qu’il me raconte des histoires) et toutes sont différentes.

Puis il y a le plaisir de ceux (les 10 000) à qui il offre une incursion dans leur imaginaire. Michel estime que seulement 30% des gens ont accès à cet aspect de la vie psychique. Lorsqu’ils y arrivent, ils en sont souvent agréablement surpris. Un train de vie exigeant et des filtres comme des jugements de valeur peuvent être des causes de cette difficulté.

Chez les jeunes, leur imagination est souvent formaté sans qu’ils en aient conscience par l’omniprésence de la télé, des vidéos, de jeux électroniques, de l’internet. Deux jeunes ados lui racontaient une histoire tirée des aventures de Pokémon. Ils ont été incapables d’inventer une histoire par eux-mêmes.

Au delà du plaisir, comme dans l’histoire que je ne vous ai pas racontée, l’exercice peut mener souvent à des prises de conscience. Comme l’explique Michel :

«T’embarques dans ton imaginaire, tu prends des métaphores et, avec elles, tu organises ta façon de voir la réalité en créant de nouvelles images mentales.»

Dans cet ordre d’idée, Faire image offre à des groupes de personnes des ateliers thématiques utilisant le jeu 55 ICÔNES. Les thèmes sont variés tels sur les proches aidants, la famille, la société pour en désigner trois exemples. Par le jeu imaginatif, les personnes abordent le thème en se servant des images.

 

4Une histoire peut être aussi révélatrice. Un garçon de 12 ans regarde une carte où on y voit un bout de bois placé sur des chaînes. Il raconte spontanément :

«Il était une fois un morceau de bois qui va sur un tas de chaînes. Le bout de bois dit au tas de chaînes; si on faisait une balançoire.»

Michel et ses parents se sont regardés ébahis. Le garçon révélait ainsi son esprit coopératif.

 

Pour continuer sur la coopération, Faire image a besoin de bénévoles, d’une part, dans le bureau de l’organisme afin d’assurer sa visibilité sur les réseaux sociaux et, d’autre part, comme animateur lors d’interventions publiques comme ce fut le cas au Parc Lafontaine. De plus, Michel a besoin de personnes possédant une fourgonnette pour transporter le matériel lors des activités.

Faire image n’a pas de calendrier d’activités fixes, sauf pour la saison estivale. Les interventions sont ponctuelles comme pour les ateliers thématiques. Celles se produisant dans un lieu public, elles sont annoncées sur le site de l’organisme.

Michel Delage m’a laissé une image, plutôt une sensation. Celle d’un brise fraîche dans un quotidien souvent morose. Morose…Finalement, l’homme au for intérieur sombre et voilé…mais, c’est moi.

Jean-Charles Meunier

Pour en savoir davantage :

Faciliter la discussion avec le jeu 55 icônes :  https://youtu.be/FYY9bI-6AGU
Viaduc 375, 2017  : https://youtu.be/mMxhQ1g4fos
Animateur de l’imaginaire partie 1 : https://youtu.be/x8u0Ck5i6CE

 

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