Gabriel: le bénévolat pour renforcer sa capacité de résilience

 

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Gabriel – photo Jean Charles Meunier

Dans ce texte émouvant, notre rédacteur bénévole Jean Charles Meunier nous présente l’histoire de Gabriel, bénévole – entre autres – chez Accès Bénévolat.

Le vendredi 27 août 2010, Gabriel quittait son lieu de travail à 20 h 30. Il avait travaillé plus tard cette journée-là, car le redémarrage de la production de l’usine, après des jours d’arrêt, l’avait exigé. Sa présence en tant qu’assistant-directeur d’usine était requise. De Bécancourt, il emprunte la route 132 pour retourner à la maison à Trois-Rivières. Un peu avant d’atteindre le pont Laviolette, un événement improbable survient: Gabriel entre en collision avec un orignal. Cet accident change à jamais le cours de sa vie.

Gabriel émerge à nouveau à la conscience trois mois et demi plus tard. Le traumatisme crânien qu’il a subi lui a fait perdre le cours du temps. Lors de l’impact, les parties frontale et pariétales de son cerveau ont percuté la portion avant du crâne par le mouvement violent de sa tête lors de l’impact. Après trois jours de coma, il se réveille mais ne garde aucun souvenir des mois qui ont suivi au Service de traumatologie du Centre hospitalier de Trois-Rivières. Il me dit qu’il divaguait constamment selon ses proches.

« Ma mère venait me voir mais je ne la reconnaissais pas.» me confie Gabriel.

Allant mieux après ce laps de temps, on le transfère à l’Institut de réadaptation en déficience physique de Québec (sa famille habite Québec). Cette fois-ci, la réadaptation se passe bien et au bout de deux mois et demi, il se sent apte à retourner vivre seul dans son appartement à Trois-Rivières malgré certains risques. Nous sommes en janvier 2011.

Cette année-là, Gabriel pense avoir fait le tour des séquelles qui lui sont restées suite à l’accident. Il doit composer avec une diminution du champ visuel et un dédoublement de la vision. Il est affecté par une légère déficience sur la plan cognitif et par une insuffisance hormonale due au fait que son hypophyse a été endommagée.

Coup de tonnerre. Alors qu’il est en stage de réadaptation en emploi, il est assailli par une crise d’épilepsie le 17 décembre 2011. Et le mauvais sort s’acharne. En 2012, on lui diagnostique une autre affection appelée hyper somnolence diurne qui lui cause une fatigue extrême et induit un sommeil inéluctable. Aujourd’hui, ces deux troubles neurologiques sont sous contrôle médicamenteux.

N’empêche que ces deux dernières séquelles mettent fin temporairement à sa démarche de réadaptation en emploi. Gabriel consacre l’année 2012 à s’informer sur son état de santé. Il devient membre, par exemple, des organismes Épilepsie Mauricie centre du Québec et Association des traumatisés crâno-cérébraux, auprès desquels il apprend beaucoup et fait de nombreuses rencontres signifiantes.

En mars 2013, Gabriel déménage à Montréal où un emploi lui est offert par son ancien employeur. L’expérience dure 6 mois. L’employeur le remercie. Sa performance au travail n’est pas suffisante. Gabriel l’admet : «C’est ma capacité d’organiser mon travail qui est peut-être moins bonne.»

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Gabriel – photo Stéphane Pilon

Une étape est franchie, il ne retournera plus sur le marché du travail. Gabriel est réaliste : «Je ne reviendrai plus jamais comme j’étais avant», mais ajoute un peu plus loin : «Mais j’ai encore une intelligence! » dit-il en riant.

Et c’est de celle-ci dont il veut profiter en s’orientant vers le bénévolat. Être bénévole comporte pour Gabriel plusieurs avantages. Garder contact avec les gens, maintenir sa confiance en lui tout en respectant son rythme, se sentir utile en aidant les autres en sont quelques-uns. La possibilité de repousser ses limites en s’engageant dans des tâches plus complexes et créatives nourrit aussi un espoir légitime. Autrement dit, le bénévolat lui permet l’expression et le déploiement de sa résilience.

Aujourd’hui, Gabriel œuvre à trois endroits. Depuis octobre 2015, il assume un travail administratif ici, chez Accès Bénévolat. Sa tâche consiste à assister l’administration sur le plan informatique. S’assurer de la migration de données vers une nouvelle base de données en constitue une facette. C’est l’endroit principal où il donne de son temps. Il peut cumuler jusqu’à 16 heures/semaine.

Depuis le printemps 2015, il est membre du comité de loisir de l’Association québécoise des traumatisés crâniens. Avec 4 autres membres, il met au point 4 calendriers d’activités par année. Cette tâche lui demande de faire de la recherche, de la sélection d’activités, de l’écriture de textes et des présentations aux autres membres.

Enfin, il aide à l’occasion le Service de loisir d’un CHSLD situé sur la rive nord, depuis mars 2016. Il épaule la responsable pour l’organisation d’activités récréatives. Il peut aussi l’assister dans des tâches administratives.

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Gabriel – photo Georges Paquin

À 42 ans, Gabriel a toujours le feu sacré. Il voudrait en faire plus. Cela se comprend. Il a passé une bonne partie de sa vie à étudier. Après un baccalauréat en Génie chimique en 1999 de l’Université Laval, il va chercher un diplôme de deuxième cycle dans le même domaine en 2001. Insatisfait de l’état de ses connaissances, il entreprend, à temps partiel, un MBA à la même institution et il obtient son diplôme en 2006.

Son travail d’assistant-directeur d’usine lui a permis de toucher à tout, allant de la gestion de production et de la qualité, de la supervision de personnel, jusqu’au développement et de la gestion de projet. Quand il constate qu’il ne connaît rien à la maintenance de l’équipement, pas de problème, il s’inscrit en Technique en instrumentation et contrôle à l’Institut Teccart. Avant l’accident, il avait complété la moitié du programme.

Faire plus dans le bénévolat, ce serait de préparer des activités, contribuer à la réalisation de projets en y allant avec plus d’initiative. Le bénévolat présente pour Gabriel un autre grand avantage, l’espoir de pouvoir faire ce qu’il aime, de se réaliser.

Mais attention, il ne doit pas se surestimer non plus. Sa santé commande la prudence. Essayer des nouvelles choses et s’assurer de maîtriser les divers aspects, pour ensuite aller plus avant.

«Si j’ai un projet à réaliser et pis je me plante, là, ça ferme des portes dans ma tête» me dit Gabriel.

Et il ne veut pas que cela se produise en dépassant ses limites.

J’ai rencontré Gabriel dans un café pour cette entrevue en septembre dernier. J’avais devant moi un gars charmant, doté d’une ouverture d’esprit, d’une curiosité, d’une volonté de vivre, du désir de dépassement de soi et d’un bon sens de l’humour; toutes des qualités que n’a pas altérées son traumatisme crânien. Tant mieux.

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7 réflexions sur “Gabriel: le bénévolat pour renforcer sa capacité de résilience

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