Parrainage civique Les Marronniers

Un article de notre rédacteur bénévole Jean Charles Meunier. 

danielLe principe de l’intégration sociale constitue la base de la création du Parrainage civique Les marronniers (PCM) que vous nous proposons de découvrir cette semaine.

L’organisme voue une partie de ses efforts au jumelage des personnes ayant une déficience intellectuelle avec des citoyens bénévoles.

 

Ce qu’il faut savoir, nous dit Marlène Mongeau-Degagné, coordonnatrice de l’intégration sociale et socioprofessionnelle au PCM, c’est que dans les années 70, les personnes ayant une déficience intellectuelle étaient limitées entre leur endroit d’hébergement (hôpital, orphelinat ou centre d’hébergement) et des centres de jour, tels que les centres de réadaptation.  Ceux-ci leur offraient une série d’activités de loisir.  Peu de ces personnes pouvaient sortir de ce circuit.

À l’origine des parrainages

Le docteur en psychologie Wolf Wolfensberger (d’origine allemande, immigré aux USA en 1950) apporte avec ses travaux sur la déficience intellectuelle un éclairage tout à fait nouveau, en favorisant le parrainage de citoyens avec des personnes vivant avec une déficience intellectuelle.  Le but de cette initiative était de faciliter le retour à la vie normale de ses patients et à rendre possible leur intégration sociale dans la communauté.  Le premier organisme ayant cette mission a été créé en 1970 à Omaha, dans le Nebraska, aux États-Unis.  Le succès remporté par ce premier essai a permis la diffusion de cette philosophie à travers toute l’Amérique du Nord.

« Créer le plus possible une relation égalitaire et réciproque »

Le concept de parrainage civique fait son entrée au Québec en 1976 avec la création du premier organisme de parrainage à Pointe-Claire dans l’ouest de l’île de Montréal.  Tout comme ailleurs, le principe se diffuse et nous voyons apparaître ces organisations dans les différentes régions au Québec jusqu’à dans les années 90 (aujourd’hui, il en existe 22).  C’est en 1980 qu’est mis sur pied le Parrainage civique les Marronniers, issu du Centre les Marronniers situé dans le quartier Rosemont. En mars dernier, nous nous en sommes entretenus avec Marlène qui est à l’emploi du PCM depuis quatre ans.

Bachelière en Communication et relations humaines à l’UQAM, Marlène a passé la plupart de ses années professionnelles dans le milieu communautaire.  Ce qui ressort de son parcours demeure la constance envers sa propension pour la relation d’aide et son intérêt pour les relations humaines.  Une de ses responsabilités est de s’assurer que les jumelages entre les personnes ayant une déficience intellectuelle et les bénévoles soient un succès.  Elle travaille dans le but de: « créer le plus possible une relation égalitaire et réciproque » précise-t-elle.

Comment?

Daniel et Jean

Daniel et Jean, photo Parrainage civique les Marronniers

Avant que ne soit officialisé le jumelage entre un parrain/marraine et un/une filleule (cela peut prendre trois mois), les aspirants bénévoles sont invités à participer à des activités du PCM.  Ces dernières permettent des rencontres avec des membres (ainsi sont appelées les personnes vivant avec une déficience intellectuelle au PCM) où l’on pourra se découvrir des affinités réciproques. Les activités sont variées et vont de la cuisine collective à celles qui sont saisonnières, comme des pique-niques, par exemple.

Une fois le jumelage établi, une responsabilité de base est suggérée, celle de s’appeler au moins une fois par semaine et de faire une activité une fois par mois.

« Si tu suis cette base, tu devrais développer une relation le fun », explique Marlène.

Pour le reste, la liberté et la fréquence des rencontres sont totales.  Marlène s’assure tout de même au début de garder un suivi afin de vérifier l’état de la relation.

Des effets positifs pour les filleuls et les parrains

Si les effets positifs que procure ce jumelage auprès des personnes ayant une déficience intellectuelle a été démontré, qu’en est-il des satisfactions retirées par le bénévole?

Le jumelage au PCM est parfait « si tu veux vraiment développer une relation significative auprès d’une autre personne qui pourrait éventuellement progresser dans ses apprentissages » nous dit Marlène.

Elle continue en soulignant la motivation de transmettre un savoir et la satisfaction de constater ce que le filleul a appris à travers les interactions.  Ce résultat ne serait possible sans la bienveillance, le respect, l’intégrité et le souci d’aller au-delà de l’apparence, dont doivent faire preuve la marraine ou le parrain.

Présentement, 80 personnes sont jumelées. La plus longue relation a 33 ans d’existence!  Le nombre de membres est d’environ 200.  Il va sans dire que plusieurs membres sont en attente de jumelage.  Sans les bénévoles, cette philosophie d’intégration n’aurait jamais été possible et n’aurait jamais essaimée à travers le monde.

De l’intégration sociale à l’intégration socioprofessionnelle

Parallèlement à l’intégration sociale, le PCM s’occupe également d’intégration socioprofessionnelle. Depuis trois ans, l’organisme gère le Jarry-deuxième café bistro, un projet en économie sociale, situé au 2590 rue Jarry Est, au même endroit que l’administration. Ce bistro offre un milieu de vie dans lequel de jeunes adultes âgés entre 18 et 35 ans viennent suivre des stages en cuisine et en service à la clientèle.

ABenevolat_1600_web-4405

Photo Stéphane Pilon

Marlène nous explique que les stages conventionnels en entreprise se font souvent dans des milieux fermés, où l’on assigne des tâches spécialisées aux participants, comme le triage dans des organisations de récupération ou des tâches simples dans des ateliers protégés.  Le bistro se veut un milieu ouvert qui laisse place à l’expérimentation.  Les stagiaires apprennent des habilités en cuisine et entrent en relation avec la clientèle du bistrot, développant ainsi leur aptitude pour le service à la clientèle.  Soixante jeunes ont été formés depuis l’ouverture et trois de ce nombre ont trouvé un emploi régulier.

Un des défis de Marlène est de persévérer dans l’amélioration des conditions de vie des personnes ayant une déficience intellectuelle.  Par exemple, elle travaille avec d’autres organisations à optimiser les chances d’employabilité des personnes sur l’ensemble du territoire de Montréal et des environs.  L’objectif est de sensibiliser les propriétaires d’entreprise de l’opportunité à engager ces personnes.

« Mettre la lumière sur ce qui est beau »

Malgré tous les efforts déployés sur le plan pratique par ceux œuvrant pour la cause, la plus grande difficulté réside dans la barrière des préjugés à l’endroit de la déficience intellectuelle.  Pour la franchir, Marlène croit qu’il est essentiel d’informer, de sensibiliser, de former et surtout de vivre une expérience directe avec les personnes.  Marlène précisait, entre autres, que la déficience intellectuelle n’est pas une maladie, mais un état permanent.  Elle nuance ainsi pour signifier que cet état n’est pas souffrant comme pourrait l’être une maladie.  C’est grâce à ces stratégies que le PCM veut démystifier cette condition auprès de la population.

 

Mais, c’est la différence qui nous fait surtout peur.  Le fondateur du mouvement du parrainage civique, M. Wolfensberger, disait ceci :

« Le fait qu’une personne vivant une déficience intellectuelle ne soit qu’une autre version de moi-même est une réalité qui peut-être riche en apprentissages.  C’est pourtant une réalité que la plupart des gens nient et refusent de voir ».

Terminons sur une autre citation, de Marlène cette fois :

« Ce qui est intéressant c’est de ne pas mettre la lumière sur les difficultés ou les limites (des personnes ayant une déficience) mais plutôt, mettre la lumière sur ce qui est beau, ce qui fait la couleur de cette différence. »

Simplement, une autre couleur…de la condition humaine.

Sources:

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s