Les bénévoles jeunes, une espèce menacée ou un phénomène répandu ?

Entretien avec Vincent Fourgeaud

Récemment, lors d’une discussion avec un jeune quinquagénaire, ce dernier m’explique que le « problème, avec les jeunes, c’est qu’ils n’en font pas, de bénévolat ». C’est le genre de généralité que j’aime bien, parce qu’elles sont comme des écharpes de préjugés que je peux m’amuser à détricoter. Il suffit pour ce faire de rencontrer des bénévoles jeunes, de les faire parler de leur engagement et de montrer combien ils ne sont pas individualistes. Parce que ces jeunes-là ont le pouvoir de faire changer le monde, ou, à défaut, le regard que l’on pose sur eux.

Group of people standing in circle against the blue sky.

Image I Stock photo

Le bénévole jeune est-il un phénomène rare ?

Pour commencer, bien entendu, il faut éclaircir ce que l’on entend par « jeune ». Mon interlocuteur était d’accord pour que nous nous entendions sur des personnes âgées de moins de 30 ans. Ce n’est pas une définition universelle, mais je n’ai jamais entendu parler d’un « vieux de 30 ans », même chez mes enfants, alors c’est un début.

J’aurais pu me contenter de ressortir l’entrevue de Mélanie que j’avais publiée l’année dernière, mais une seule bénévole, aussi inspirante soit elle, aurait pu passer pour « l’exception qui confirme la règle ». Alors j’en ai trouvé un autre, puis une autre, puis encore un autre. Aujourd’hui, je vous présente Vincent Fourgeaud. Les autres portraits seront dévoilés au fur et à mesure et peut-être sous d’autres formes, que vous découvrirez au fil des semaines.

Vincent Fourgeaud, 27 ans et bénévole

Vincent est diplômé en géographie sociale, Master 1 et 2. Comme bénévolat, il a choisi de coanimer des ateliers au Carrefour populaire de St-Michel. Il intervient plusieurs jours par semaine dans le cadre du programme PAAS-Action (Programme d’Aide et d’Accompagnement Social d’Emploi-Québec) auprès de personnes exclues du marché du travail depuis plusieurs années ou ayant des contraintes sévères à l’emploi. Il les aide à développer des compétences personnelles (résolution de conflits, communication) et des compétences professionnelles. Il coanime des activités sportives aussi bien que des ateliers d’informatique ou de rédaction de CV. Il participe à des nouveaux projets, élabore des fiches pédagogiques et anime également ses propres ateliers.

J’ai commencé l’entrevue en lui demandant s’il savait ce que son bénévolat changeait dans la vie des gens. Au début, il m’a avoué que non, qu’il faudrait leur poser la question. En y repensant, il reconnaît avoir créé un lien de confiance avec les participants. En effet, il s’est aperçu qu’en dehors des ateliers, les personnes le sollicitent pour aborder avec lui des sujets parfois personnels (comme les relations amoureuses, la question du logement, etc.). Ils ont trouvé chez lui écoute et disponibilité.

Vincent est arrivé à Montréal en août dernier. Faire du bénévolat le tentait, mais il avait « toujours eu un peu peur d’en faire ». Il craignait de ne pas pouvoir apporter son aide aux gens sans les juger. Puis, en passant par hasard devant Accès Bénévolat, il a décidé de se renseigner. Il a commencé avec une activité occasionnelle au Carrefour populaire de St-Michel, pendant la période des Fêtes. L’expérience a été concluante, il s’est très bien entendu avec l’équipe. Ensuite, une activité régulière de bénévolat s’est dessinée pour lui, comme assistant du coordonnateur du programme PAAS-Action. Au fur et à mesure, ses responsabilités ont augmenté, jusqu’à l’animation de sa propre activité.

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Pause-repas pour Vincent. Image Carrefour populaire de St-Michel

Le bénévolat selon Vincent

Pour Vincent, le bénévolat consiste à arriver dans un organisme avec des connaissances et des expériences et à essayer d’aider. De plus, le bénévolat régulier permet de créer des liens avec les participants et faire des suivis. De voir l’évolution dans le comportement des personnes.

Grâce à son bénévolat, Vincent met à profit sa formation et ses compétences et acquiert une expérience sur le territoire.  Il apprend le rôle que joue un organisme communautaire dans un quartier défavorisé. Il découvre le quartier dans lequel il habite. Il se sent utile et bien entouré. Il insiste sur l’accueil chaleureux et l’ouverture que les membres de l’équipe du Carrefour lui ont réservés et qui ont favorisé son inclusion dans l’équipe. Il reconnaît que « cela donne envie de faire du bon travail. »

Bien qu’il n’ait jamais travaillé directement en travail social auparavant, son expérience précédente n’en était pas totalement éloignée. Il était chargé d’étudier les besoins des personnes dans un territoire donné, d’identifier les structures existantes et de proposer un développement social pour la région donnée, ainsi que des pistes d’amélioration. Il allait sur le terrain pour réaliser ces études, observer des travailleurs sociaux pour comprendre ce qui pouvait être amélioré. Doté d’une bonne capacité d’adaptation, d’écoute et de son désir d’améliorer la situation des personnes vulnérables, Vincent était suffisamment outillé pour faire des propositions sur son lieu de bénévolat, où elles ont été bien accueillies. « J’ai pu prendre des initiatives et au fur et à mesure, j’ai fait ma place », précise-t-il. Il ajoute que le fait de voir une continuité dans ce qu’il a programmé, les relations avec les participants et le respect des engagements pris avec eux font de son bénévolat une expérience positive.

Conciliation travail-bénévolat

Bien entendu, Vincent reconnaît que c’est sa grande disponibilité actuelle qui l’autorise à consacrer plus de 20 heures par semaine à son bénévolat. Il pourrait consacrer ses journées à des loisirs, à voir ses amis, à écouter de la musique, à courir les musées, à fréquenter des salles de sport, comme tous les jeunes qui ne travaillent pas ou qui ont fini leurs études, finalement (!). Vincent, lui, aime sentir qu’il est utile. Il est actuellement en recherche d’emploi. Poursuivra-t-il son bénévolat lorsque il travaillera? Il répond que ça dépend de ce qu’il trouvera. S’il occupe un emploi à temps partiel, il reviendra au Carrefour, pour continuer sa mission auprès des participants. Par contre, si c’est un emploi à temps plein, il arrêtera son bénévolat, car il a un tempérament à se consacrer totalement à ce qu’il fait.

Un mot pour la relève et pour en finir avec les préjugés

Aux personnes qui souhaitent faire du bénévolat et qui ne se sont pas encore lancées dans l’aventure, Vincent recommande de ne pas avoir peur, d’oser. Pour lui, chaque personne peut trouver une activité bénévole en adéquation avec sa conception du bénévolat. Tout le monde a des compétences, des expertises, des passions et des intérêts. Cela se vérifie indépendamment de l’origine, des conditions de vie ou…de l’âge des personnes.

Enfin, pour répondre à ma question-titre, je ne crois pas que les bénévoles jeunes soient une espèce menacée ou un cas à part. Ils sont bénévoles au même titre que les autres et amènent leur fraîcheur et leur idéaux dans les organisations. D’ailleurs, saviez-vous que, selon le Réseau de l’action bénévole du Québec, 58% des jeunes québécois âgés de 15 à 24 ans ont fait du bénévolat au cours de l’année 2013 ? Surprenant, n’est-ce pas ?

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Image Pixabay

 

Sources:

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