Le bénévolat, si on ne le vit pas, ça reste une belle hypothèse.

Entrevue avec Jorge Briceno. Propos recueillis par Isabelle Burcheri.

jorge

Jorge est étudiant aux baccalauréats en sociologie et en intervention, mannequin, militant et passionné. Il nous parle de son bénévolat, de ses doutes et de ses espoirs.

Comment avez-vous commencé votre bénévolat à la Résidence Berthiaume-du-Tremblay?

En 2014, j’avais présenté ma candidature au baccalauréat et à la maîtrise en travail social de l’Université McGill. Pour être admissible, il fallait avoir effectué une centaine d’heures de bénévolat. Aussi, au cours de l’été, alors que j’étais en vacances, j’ai contacté Accès Bénévolat pour du bénévolat à temps plein. Vous m’avez référé à la Résidence Berthiaume du Tremblay. J’ai contacté Mme Renée Baillargeon. Ça a « cliqué » instantanément et j’ai tout de suite commencé chez eux.

J’ai adoré mon expérience de bénévolat là-bas. J’ai eu énormément de plaisir. Ça a été mon épiphanie. Tout d’abord, j’ai été réellement surpris de leur manière de traiter les gens. À cause de ce que j’avais entendu dans les médias, notamment concernant la maltraitance envers les personnes âgées, je ne pensais pas que le personnel et les bénévoles traitaient les résidents avec autant de douceur, de patience et de présence. Ma conviction est qu’ils ne perdent pas la perspective de la raison pour laquelle ils sont là, c’est-à-dire le facteur humain. Pourtant, ce n’est pas toujours facile de travailler avec des personnes âgées en perte d’autonomie, dont certaines ont la maladie d’Alzheimer.

J’ai fait du bénévolat chez eux jusqu’en septembre 2015. Pour l’instant, j’ai arrêté à cause des études. Je prépare actuellement deux baccalauréats: un en sociologie, l’autre en relations humaines (intervention) et je compte me présenter à la maîtrise en travail social à la fin de l’année.

Comment s’est passé votre expérience à la résidence?

Cela a été une expérience merveilleuse.

J’avoue qu’au début j’ai été frappé par l’odeur d’hôpital, de médicaments et puis par la perte d’autonomie. Je voyais une personne qui se parlait dans le miroir parce qu’elle ne se reconnaissait pas ou une vieille dame qui coiffait des poupées parce qu’elle avait 12 ans dans sa tête. Je n’étais pas habitué.

Ensuite, j’ai été gagné par l’empathie. Ces personnes sont fragiles et vulnérables, mais elles sont là. Je voulais tellement être présent et aider là où elles avaient le plus besoin de moi.

J’ai occupé plusieurs postes. Notamment, j’étais l’assistant de Marlène, la physiothérapeute. J’allais chercher les résidents dans leur chambre. Je les amenais à la clinique de physiothérapie. Je les aidais à faire les mouvements sous la supervision de Marlène. Ensuite, je les reconduisais à leur chambre.

Quand Marlène n’avait pas besoin de moi, j’accompagnais les résidents à la chapelle par exemple, ou bien à des sorties. J’ai fait des remplacements aussi. J’ai adoré mon expérience.

Souvent les personnes me gratifiaient de sourires et, même si elles ne se rappelaient plus de moi la minute d’après, ce n’était pas grave, car j’avais le sentiment d’être utile. Pour moi c’était suffisant de les voir heureux. On ne peut pas acheter avec de l’argent le sens humain. Il faut le vivre.

Ce n’était pas le cas dans votre expérience professionnelle?

Non, en effet. J’ai toujours travaillé dans des bureaux, et plus précisément dans le secteur administratif. Par exemple, quand j’ai travaillé au Consulat du Général du Mexique, à Montréal, j’occupais le poste d’agent consulaire et je gagnais bien ma vie. J’ai beaucoup aimé mon expérience, mais ce n’était pas une passion.

Je faisais du bénévolat en parallèle depuis 2008. C’est mon implication bénévole qui m’a donné le goût du travail social, définitivement. Et d’ailleurs, c’est un de mes amis qui, me voyant travailler à temps plein la semaine et occupé toute la fin de semaine par mon bénévolat, m’a suggéré un jour de choisir le social comme voie professionnelle, afin d’avoir du temps pour moi et mes amis la fin de semaine.

Alors, j’ai fait le grand saut. Ce n’est pas facile de vivre sur les prêts et bourses à 40 ans. Mais je me dis que ce ne sont que 2 ou 3 ans. Au fur et à mesure que j’avance dans la vie, je me rends compte qu’on laisse parfois tomber nos rêves à cause de nos insécurités, nos craintes, ou simplement le confort qu’on veut pas changer. Tout ça nous retient. Je suis persuadé qu’il faut faire attention à nos craintes, elles aiment voler nos rêves.

Quel genre de bénévolat?

En 2008 et pendant plusieurs années, je me suis engagé dans la communauté gaie. Je suis l’initiateur de la campagne « Play Safe » qui avait pour objectifs la lutte contre l’homophobie, la lutte contre la sérophobie (discrimination envers les personnes porteuses du VIH/SIDA) et la promotion de pratiques sexuelles sécuritaires. Je n’avais pas d’outils, seulement ma volonté et mon réseau. La campagne a notamment été publiée dans la revue 2Be (qui n’existe plus aujourd’hui).

Je me suis également impliqué auprès d’organismes tels que AIDS Community Care Montréal/SIDA bénévoles Montréal et Rézo. Je participais à des événements et des vidéos. J’apportais mon témoignage et je prêtais mon image (j’ai aussi été mannequin). Je participais à la promotion du dépistage du VIH/SIDA et des pratiques sexuelles sécuritaires.

Toutefois, après plusieurs années de militantisme, je voyais la pratique du « barebacking » (sexe sans condom) continuer à se généraliser et j’ai fait un burn-out. Je me sentais inutile, archaïque. Mon implication ne m’apportait plus rien. Je suis conscient que pour qu’on puisse avancer il faut être capable de s’adapter au besoin du présent. Il était temps d’évaluer ma démarche.

Depuis, j’ai fait du bénévolat à la résidence Berthiaume-du-Tremblay, où j’ai rencontré des personnes extraordinaires, comme Mme Baillargeon et Marlène. J’avais de la reconnaissance à tout moment par les sourires des personnes à qui je venais en aide. Dans cette résidence, il y a de la sensibilité, de la patience et de l’amour des personnes envers celles qui prennent soin d’elles.

Diriez-vous qu’il est important de faire du bénévolat?


Très. Il existe une énergie particulièrement magique quand on agit d’une façon authentique et véritable en faveur de l’humanité. Les gestes bien intentionnés sont à la portée de tout le monde. On est vraiment conditionnés à échanger et à attendre toujours quelque chose en retour. La plupart du temps, ce qu’on attend, c’est une compensation financière. Je comprends tout-à-fait qu’il nous faut de l’argent pour vivre. À mon avis, le fait de ne pas comprendre à quoi ça sert de rendre un service à quelqu’un sans attendre une compensation financière en retour, dévoile jusqu’à quel point nous avons besoin réviser nos valeurs humaines.

Je dis souvent que, dans ma vie, j’ai pris deux très bonnes décisions :

  • Celle d’immigrer au Canada.
  • Celle de faire du bénévolat. Certains de mes amis ne croient pas à ça. Ils ne comprennent pas ce concept de donner de son temps, de se détacher de tout ce qui est matériel et de ne rien attendre en retour, qui t’apporte une richesse personnelle. En effet, le bénévolat, on peut le raconter, mais si on ne le vit pas, ça reste une belle hypothèse.

 

Justement, avez-vous d’autres amis qui ont envie de l’expérimenter?

Oui, j’ai été une inspiration pour deux d’entre eux qui se sont inscrits à la Croix-Rouge pour aider les réfugiés syriens. Moi-même, comme j’avais un creux dans mon emploi du temps après les examens de fin de session, je me suis inscrit à la Croix-Rouge et n’ai pas eu d’appel. On m’a dit que la Croix-Rouge avait plus de bénévoles qu’elle n’en avait besoin, pour cette cause.

Deux jours après cette entrevue, Jorge était enchanté de m’apprendre qu’il a été appelé par la Croix-Rouge pour aider les réfugiés. Nous espérons qu’il voudra bien nous parler de cette nouvelle expérience!

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6 réflexions sur “Le bénévolat, si on ne le vit pas, ça reste une belle hypothèse.

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  2. Bravo Jorge pour ton engagement et félicitations à Accès Bénévolat pour cette magnifique entrevue avec un être des plus charmants et sincères. Comme quelqu’un qui a fait du bénévolat une grande partie de ma vie, je me suis reconnu dans ses propos.

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